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« Mozart, moi ? Jamais ! », ou l’art de désacraliser le classique sans le trahir
2025
Comme François Moschetta, il existe des artistes qui ne cherchent pas à expliquer la musique, mais à la faire ressentir autrement.
Sur sa route artistique, ce pianiste de formation classique n’a pas pensé devenir humoriste un jour. Et pourtant, propulsé sur cette route par le fruit du hasard, il parle, raconte, joue, fait rire, se dévoile sur scène. Avec « Mozart, moi ? Jamais ! », il invente une forme hybride, à la frontière du récital, du seul en scène et du récit intime, pensée pour celles et ceux qui n’osent pas toujours pousser la porte d’un concert de musique classique.
C’est après une de ses représentations à Paris 10ème sur la scène du théâtre la Scène Libre, où il est actuellement programmé que François Moschetta a échangé au micro de notre rédaction. Il nous parle de son cheminement dans le désir d’innover sa carrière commencée par le récital traditionnel : un pianiste, un programme, des applaudissements, quelques bis éventuels, une forme qu’il décrit comme « codée », presque liturgique, et qui lui laisse peu d’espace pour l’humour, l’anecdote ou l’expression personnelle.
Ce désir d’innovation ne vise pas la musique elle-même, mais la manière de la partager. En changeant la forme, il cherche à rendre le classique plus accueillant pour un public non-initié, parfois intimidé par des usages implicites. Cette transformation lui permet d’introduire un ton plus léger et personnel, et de toucher un public beaucoup plus large, y compris des spectateurs peu familiers du concert classique.
Inconditionnel admirateur du compositeur russe Alexandre Scriabine, François lui consacre la création de son spectacle, avant de lui préférer Mozart après une présentation à Avignon. C’est là qu’un directeur de théâtre lui conseille de conserver son concept tout en choisissant un compositeur plus connu, afin de rendre le projet viable auprès d’un public élargi. Non, sans résistance, Mozart s’impose. Moschetta confie ne pas avoir été attiré par cette musique, qu’il jugeait autrefois trop simple, voire « gnangnan », en comparaison avec des univers qu’il considère plus puissants harmoniquement, comme Prokofiev, Bartók ou Rachmaninov.
Le titre « Mozart, moi ? Jamais ! », naît de ce rejet initial, assumé et revendiqué comme point de départ dramaturgique.
Un travail d’écriture et de mise en scène au croisement du rire et de l’émotion
Dans son spectacle, François Moschetta travaille le rythme de la parole, du piano et de l’émotion, dans un parfait équilibre entre narration, musique et vécu sur une construction par étape, entre essais, erreurs et processus de réécritures sur lequel il est accompagné par sa femme puis par un metteur en scène et un script afin d’affiner la diction, les déplacements et la structure du récit. Si l’humour y est omniprésent, l’émotion constitue une colonne vertébrale non-négligeable. Sans tout dévoiler, François explique qu’un événement marquant de sa vie l’a conduit à s’ouvrir à un langage musical plus épuré, plus délicat, et à découvrir chez Mozart une profondeur et une sensibilité qu’il n’avait pas perçues auparavant.
Apprendre sans avoir l’impression d’apprendre
Le projet du spectacle ne se veut ni didactique, ni pédagogique. François insiste, « s’il s’agissait uniquement d’une biographie de Mozart, le spectacle n’aurait pas lieu d’être ». L’objectif premier est que le public passe un bon moment. La transmission de connaissances sur Mozart devient alors une conséquence naturelle du plaisir partagé.
Une approche qui permet de réunir des publics très éclectiques, mélomanes avertis, familles, enfants, scolaires, spectateurs de passage. Tous se retrouvent dans une expérience commune, loin de l’image d’une musique classique figée ou poussiéreuse.
Continuer à rendre le classique vivant
Si l’artiste affirme vouloir poursuivre dans la voie de rendre la musique classique accessible sans la dénaturer, il continue de travailler son piano quotidiennement, tout en défendant une autre manière de partager cet art complémentaire du récital traditionnel.
Avec l’arrivée des vacances de fin d’année notre rédaction vous conseille « Mozart, moi ? Jamais ! », un spectacle qui nous a séduit et emporté sans un moment d’ennui par le jeu de François Moschetta qui ne cherche pas à moderniser Mozart à tout prix, mais à montrer que cette musique peut faire résonnance avec nos fragilités, nos parcours et nos émotions contemporaines.
https://le-theatrelibre.fr/event-pro/mozart-moi-jamais/
Source : interview de François Moschetta au théâtre La Scène Libre
Article et crédit photo (captation sur spectacle du 13 novembre) par
Marie-Michaël Manquat/katjopine éko
Flyer officiel et photos prisent au théâtre la scène libre
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