Les Chroniques de Mica
Journée internationale des violences faites aux femmes – Décodage de son importance légitime
2025
Les violences sexistes et sexuelles désignent un large éventail de comportements et d’actes qui se fondent sur le sexe, le genre, l’orientation ou l’expression de genre, et qui portent atteinte à la dignité, à la liberté ou à l’intégrité d’une personne.
S’il est vrai que les violences sexistes et sexuelles ne se réservent pas uniquement aux femmes, le constat de son importante croissance année après année, force notre volonté de mettre l’accent sur son décodage dans le cadre de cette « Journée internationale des violences faites aux femmes ». Notamment sur les actes de violences qui se manifestent par des injures ou humiliations sexistes, par du harcèlement, du cyberharcèlement, vol d’images non consenties ou encore par des attouchements, des violences sexuelles comme le viol, des abus de pouvoir, des violences conjugales, le tout qui relèvent à la fois de rapports individuels et de logiques structurelles marquées par une domination masculine, des stéréotypes de genre, l’absence de reconnaissance ou de dialogue sur la question du consentement. Ce sont bien des violences enracinées dans un système et non des actes isolés. Ces violences qui peuvent survenir dans la sphère privée (couple, famille), dans la sphère publique (rue, transports, lieux professionnels, lieux d’enseignements lieux de cultes…), ne sont malheureusement pas toujours visibles et ne sont pas toujours signalées.
POURQUOI CETTE JOURNEE INTERNATIONALE ?
La date de cette journée a été choisie pour rendre hommage à Patria, Minerva, et Maria Teresa Mirabal, trois sœurs, militantes dominicaines, assassinées le 25 novembre 1960, parce qu’elles combattaient la dictature de leur pays.
L’organisation des Nations Unies (ONU) officialise la proclamation de cette date comme « Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes » par la résolution 54/134 du 17 décembre 1999.
Cette journée internationale est née dans l’objectif de prévenir et mobiliser les Etats, la société civile, et afin de sensibiliser tout un chacun à la protection des victimes. Elle est aussi là pour changer les représentations et faire en sorte que cette violence dirigée ne soit pas considérée comme « normalisable ».
POURQUOI CE SUJET RESTE-T-IL MAJEUR EN 2025 ?
Parce que certaines formes de violences se tapissent dans l’ombre : harcèlement, injures, médisances, regards insistants, attouchements…Par ailleurs, certaines formes de violences ne sont pas toujours reconnues ni signalées.
Parce que les espaces publics, l’enseignement, les arts, la culture ne sont pas « hors milieu » : eux aussi sont traversés par ces violences.
Parce que les représentations, l’éducation (à la maison, à l’école), les relations entre filles et garçons, l’autonomie des femmes, le consentement, sont autant de terrains sur lesquels il reste à agir.
Parce qu’une journée symbolique ne suffit pas, il faut un changement systémique, des mesures structurelles, des rapports de pouvoir repensés, des protections effectives, et surtout un réel soutien aux victimes.
Parce que malgré des avancées législatives, des campagnes, des mobilisations : les chiffres restent élevés, voire en augmentation perpétuelle.
Voici quelques données récentes en France, afin de poser une dimension concrète à ce fléau :
Dans le cadre des violences conjugales / au sein du couple
En 2024 :
107 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint, soit une hausse de 11 % par rapport à 2023.
272 382 victimes de violences commises par leur partenaire ou ex-partenaire ont été recensées.
En 2023 :
93 féminicides, 319 tentatives de féminicides, 773 femmes victimes de tentatives de suicide par suite d’un harcèlement d’un.e ex-conjoint.e.
Au total, 1 185 femmes victimes de tentatives de féminicides au sein du couple.
Dans la société en général
Plus d’une femme sur deux (53%) et plus de six jeunes femmes sur dix (63%) ont déjà été victimes de harcèlement ou d’agression sexuelle au moins une fois dans leur vie.
Les violences sexuelles et sexistes sont décrites comme systématiques et révèlent des grandes lacunes dans la justice et la protection des victimes.
Dans le milieu de l’enseignement et de l’éducation, les jeunes filles et les garçons
Sans chiffres précis du pourcentage féminin, il est répertorié que 246 millions d’enfants sont victimes de violences en milieu scolaire, un fléau qui touche particulièrement les filles. Il est reconnu que les stéréotypes de genre, l’absence de dialogue respectueux entre filles et garçons dans un cadre éducatif ou familial peu sensibilisé, sont des facteurs contributifs à la caractérisation des débuts des premières violences.
Dans le milieu culturel et artistique
Sans chiffres complets mais en appui sur certaines actualités récentes, notamment avec le mouvement #MeToo (mouvement social encourageant la prise de parole des femmes, dans le but de dénoncer les viols et agressions sexuelles), les rapports pointent du droit des logiques de pouvoir, de hiérarchie, de précarité, qui peuvent favoriser l’omerta, les abus et les violences.
Dans les transports publics
En 2024 :
3374 victimes de violences sexuelles dans les transports en commun ont été enregistrées en France, soit une hausse de 6% par rapport à 2023.
Cette augmentation souligne que même les espaces publics ne sont pas à l’abri.
« Une jeune femme sauvée d’un viol dans le RER grâce à l’intervention vigilante d’une autre femme » : ce fait récent, qui illustre la réalité des violences faites aux femmes dans les transports, a même posé la réflexion d’instaurer des wagons réservés aux femmes. Ne faut-il pas voir là une autre forme de violence envers les femmes, celle du recul de leur place dans la société ?
Cet incident grave en soi, ne nous rappelle-t-il pas que les violences ou agressions peuvent se produire dans un laps de temps très court, dans un espace de transport, et que justement, une solidarité féminine ou masculine peut faire la différence.
L’importance de ce que nous faisons au quotidien pour faire vivre la solidarité, ne serait-ce pas cela la réponse à la légitimité de cette Journée internationale des violences faites aux femmes ?
On laisse passer les petites phrases “qui ne comptent pas”, ou on décide enfin d’y mettre un stop clair ?
On détourne le regard dans les transports, ou on choisit de ne plus faire semblant de ne rien voir ?
On écoute vraiment quand une femme raconte ce qu’elle a subi, ou on continue, même sans le vouloir, à minimiser ?
On réagit quand un proche dépasse les limites, ou on préfère le confort du silence ?
À quoi contribuons-nous, chacun, chacune ?
À la normalisation des violences, ou à leur remise en question ?
À la banalisation, ou à la vigilance ?
Cette journée existe pour une raison, rappeler ce que beaucoup vivent chaque jour.
Mais la vraie question, la seule qui compte, elle est là :
Que choisissons-nous de ne plus laisser passer, aujourd’hui, demain, et tous les jours qui suivent ?
Parce que les violences ne commencent jamais avec les gestes les plus graves, mais avec tout ce que nous n’osons pas recadrer.
Alors, que choisissons-nous de tolérer ?
Et que décidons-nous vraiment, d’arrêter de laisser passer ?
SOURCES :
Marie-Michaël Manquat/katjopine éko
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